
26 avril 2009
Six ans après sa création suivant le congrès de 2003, le Fonds de justice sociale (FJS) de l'AFPC est actif et continue de croître. Lors d'un forum précongrès sur la justice sociale, John Gordon, le président national, était fier d'annoncer que le Syndicat des travailleurs du Nord vient tout juste de négocier une nouvelle contribution au FJS. En effet, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest venait d'accepter d'y verser deux cents par membre par heure travaillée.
Depuis sa création, le FJS a fourni des ravitaillements essentiels et de l'aide médicale au Pakistan, à Gaza, à Haïti et dans le Sud-Est de l'Asie à la suite du tsunami de 2006. En plus d'un secours d'urgence, le Fonds offre de la formation à des syndicats du secteur public au Nicaragua et en Afrique du Sud pour renforcer le mouvement syndical et défendre les services publics de qualité. Au Canada, le FJS soutient des projets antipauvreté qui touchent les travailleurs immigrants, les collectivités autochtones et inuites et les travailleurs et travailleuses qui ont subi une blessure ou qui ont perdu leur emploi.
L'AFPC a participé à des échanges entre travailleurs et à des missions syndicales aux Philippines et en Colombie pour créer de solides alliances. Selon M. Gordon, la mondialisation a, malgré tout, aidé à créer un mouvement social mondial qui facilite la tâche pour lutter contre les visées des entreprises, protéger les services publics de qualité et favoriser une économie durable et une société juste.
Barbara Wood, directrice de Co-Development Canada, a animé le forum et présenté les personnes invitées provenant de l'AFPC et de syndicats d'outre-mer. « C'est inspirant de voir l'étendue du Fonds de justice sociale de l'AFPC, a-t-elle déclaré après le mot d'ouverture du forum de John Gordon. Maintenant, nous allons voir la profondeur des gens sur la ligne de front. »
La population d'Andhra Pradesh, en Inde, en plus de subir un tsunami naturel, a aussi subi un tsunami dû à l'action humaine. C'est du moins l'avis de Chennaiah Poguri. Ce dernier, secrétaire du syndicat des pêcheurs, des travailleurs agricoles et des travailleurs forestiers, a remercié les membres de l'AFPC de leur aide à rebâtir les collectivités après le tsumani en 2006. Le Fonds de justice sociale a permis d'envoyer 200 organisateurs sur le terrain pour aider les peuples autochtones à obtenir du gouvernement la reconnaissance de leur état de pêcheurs afin d'être admissibles à une aide gouvernementale. Pour la première fois dans l'histoire des tribus visées, des maisons ont été construites pour les femmes de telle sorte que les hommes ne pourront plus faire abstraction d'elles ou les déplacer.
M. Poguri compare la Banque mondiale à un tsunami. Dans ce cas, le désastre correspond à la privatisation des ports de mer qui a entraîné le déplacement de milliers de personnes à deux pas de l'indépendance. L'envoi d'un million de cartes postales au ministre de la Santé a réussi à stoppé le financement de la privatisation, du moins temporairement. « Grâce à votre aide, l'action locale a pris une envergure mondiale, et le soutien reçu de partout dans le monde a permis aux gens de faire reconnaître leurs droits. »
Le président de l'Élément national, Daniel Kinsella, a exprimé son point de vue comme militant syndical sur la situation des travailleurs qu'il a rencontrés en novembre lorsqu'il s'est rendu aux Philippines avec une délégation syndicale.
« Nous avons passé du temps au sud de Manille, la plus grande région où le gouvernement a créé des zones économiques fermées aux syndicats pour inciter les entreprises transnationales à s'y installer, a-t-il fait savoir. Cela a créé de graves problèmes pour les travailleurs philippins. »
En raison de ce qu'il a vu et des gens qu'il a rencontrés, la mondialisation – autrefois une notion abstraite pour lui – a pris un sens plus concret. « J'ai vu la vraie situation des gens qui fabriquent nos chaussures et nos vêtements. Si les grandes entreprises réussissent dans ces pays, nous sommes les prochains. Voilà pourquoi nous devons être solidaires. »
M. Kinsella a déclaré admirer profondément le courage et les efforts des militants du mouvement syndical et de la société civile, surtout ceux qui risquent une répression violente et la persécution pour faire ce que les militants syndicaux du Canada font tous les jours.
Mathapelo Mphuthi, 2e sous-secrétaire du syndicat des travailleurs des communications d'Afrique du Sud, a parlé des réalisations d'un projet financé par le FJS visant à syndiquer les travailleurs d'un nouveau secteur en Afrique du Sud. La syndicalisation est devenue une priorité pour son syndicat à la suite d'un déclin prononcé des effectifs dû à la privatisation des télécommunications et des services postaux.
« Il y a 10 ans, nous avions 47 000 membres, a-t-elle dit. Il y a deux ans, nous en avions 24 000. Voilà à quel point la privatisation nous a nui. »
Les efforts de syndicalisation sont surtout axés vers les travailleurs dans les centres d'appels, qui présentent un défi en raison de la nature de leur emploi et de leur état d'employés occasionnels. Le syndicat doit également faire face aux tactiques antisyndicales que les entreprises internationales propriétaires des centres d'appels ont utilisées pour freiner leurs efforts.
Mme Mphuthi continue de relever les défis et souligne que la solidarité internationale offerte par l'AFPC au moyen du Fonds de justice sociale a été d'un grand secours. « On pourrait dire que c'était une petite contribution qui a eu d'immenses retombées », a t elle déclaré.
Au Nicaragua, les dictatures et les gouvernements révolutionnaires se sont succédés. Jacaranda Fernández Mejía, infirmière, ancienne dirigeante du syndicat des employés de l'hôpital de Masaya et chef du front national des travailleuses et travailleurs du Nicaragua, a vu le meilleur comme le pire. Les acquis obtenus dans les années 80 – la réforme de la constitution, des services d'utilité publique universels et des soins de santé publics – ont été érodés dans les années 1990 par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.
« Nous avons mené une lutte titanesque contre la privatisation des services, y compris les soins de santé, les services postaux et le système bancaire », a expliqué Mme Mejía. Le système d'éducation privé devait être meilleur que le système public. Pourtant, les taux d'alphabétisation ont chuté. On dépeignait les travailleurs de la fonction publique comme un fardeau. Même si nous sommes présentement dirigés par un gouvernement de gauche, les vieilles structures n'ont pas changé. Le front national des travailleurs et travailleuses a réussi à stopper la privatisation des services de santé en collaborant étroitement avec les personnes les plus touchées – les pauvres. Selon Mme Mejía, la réussite repose sur une alliance solide avec la société civile.
Laura Stannard, défenseure du logement social à Vancouver, a pris la parole en dernier. Selon Mme Stannard, la crise du logement et l'augmentation du nombre de sans-abri et du taux de pauvreté au Canada sont directement attribuables aux compressions effectuées par le gouvernement dans les programmes sociaux, dont le logement social.
« C'est simple : réduisez le nombre de logements, diminuez le revenu des gens et vous aurez des sans-abri », a-t-elle précisé.
Le défi qui se pose maintentant aux militantes et militants est de conscientiser la population sans la décourager. « La population croit, en grande majorité, que le Canada est un pays modéré. Pourtant, Bush et Harper partagent la même idéologie sur les enjeux sociaux, notamment en ce qui a trait au régime d'assurance-maladie public », a-t-elle ajouté.
La consoeur Stannard a aussi parlé d'événements qui donnent espoir, dont le rassemblement en faveur du logement social organisé par la coalition Citywide Housing. Plus de 3 000 personnes y ont assisté, dont des membres de l'AFPC, de l'Église unie et d'autres groupes.
« Ce jour-là, le mouvement syndical et l'Église ont uni leurs forces », a-t-elle conclu.
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