Modernisation de la fonction publique
Le 25 juillet 2003
L’honorable
Lucienne Robillard
Présidente
du Conseil du Trésor
L’Esplanade
Laurier, 9e étage
140,
rue O’Connor
Ottawa
( Ontario
)
K1A
0R5
Madame
la présidente,
Un membre de l’AFPC m’a transmis dernièrement un exemplaire du Bulletin
d’information n° 20 sur la modernisation de la gestion des ressources
humaines dans la fonction publique, paru le 30 juin dernier. Il y
a, dans ce bulletin, certaines déclarations contre lesquelles je m’inscris
en faux.
D’entrée de jeu, vous affirmez que le projet de loi C-25 a été bien
accueilli. Cette déclaration ne tient certainement pas compte de la
réaction de ceux et celles qui seront sans doute le plus durement
touchés par ce projet de loi, soit les travailleuses et les travailleurs.
En fait, il ressort de mes conversations avec des membres de l’AFPC,
partout au pays, que le projet de loi C-25 les inquiète énormément.
En gros, les membres de l’AFPC craignent que la loi ne confère encore
plus de pouvoirs à l’employeur qu’il n’en a actuellement. Ainsi, en
élargissant la définition de services essentiels et en empêchant le
syndicat de contester le niveau des services à fournir durant une
grève, la loi élimine le droit de grève des membres de l’AFPC. Par
ailleurs, rendre les dirigeantes et dirigeants et les représentantes
et représentants du syndicat passibles d’une peine, comme le stipulent
les dispositions sur les infractions et les peines, est une mesure
injustifiée et extrêmement punitive qui dissuadera les membres du
syndicat de participer activement aux affaires syndicales.
De telles mesures semblent avoir été conçues expressément pour minimiser
l’impact des syndicats au sein des milieux de travail. À notre avis,
ces mesures font régresser les relations syndicales-patronales. C’est
ce message que les membres de l’AFPC transmettent aux membres du Parlement
et du Sénat depuis la présentation du projet de loi C-25. C’est le
message que nous continuerons de diffuser dans l’espoir qu’on apportera
des modifications importantes au projet de loi.
Dans le Bulletin n° 20, vous déclarez que les modifications proposées
en matière de dotation visent à mettre en place un système « qui n’est
plus soumis aux procédures complexes » et qu’elles ne « dilueront
pas le principe du mérite inhérent au système de dotation ni rendront
possible le favoritisme bureaucratique ». Vous affirmez que le projet
de loi a été conçu afin de protéger les principes suivants : l’équité,
la compétence et l’impartialité. Vous prétendez également que, grâce
à la mise en place de solides mesures de protection comme le nouveau
Tribunal de la dotation de la fonction publique, il n’y aura ni favoritisme
ni abus dans le processus de dotation.
Pourtant, la plus récente vérification du Programme fédéral d’expérience
de travail étudiant (PFETÉ) a révélé « un nombre important de cas
où les gestionnaires ont contourné de façon irrégulière les mesures
de protection en place afin d’embaucher une personne de leur choix
avant de faire la demande ». S’il est possible de manipuler ainsi
le système, malgré les mesures de protection en place, qu’arrivera-t-il
lorsque la nouvelle Loi sur l’emploi dans la fonction publique (LEFP)
sera en vigueur?
Car, dès que le projet de loi C-25 entrera en vigueur, la Commission
de la fonction publique ne sera pas tenue de « prendre en compte plus
d’une personne pour faire une nomination fondée sur le mérite ». Il
suffit que la candidate ou le candidat possède les qualifications
« essentielles ». Qui plus est, la Commission pourra prendre en compte
toute qualification supplémentaire et toute exigence opérationnelle
actuelle ou future que précisera l’administratrice générale ou l’administrateur
général!
Impossible de se tromper : le libellé est d’une limpidité absolue.
Aux termes de ces dispositions, les gestionnaires ont toute liberté
d’embaucher la personne qu’ils jugent la mieux qualifiée pour un emploi
particulier. Adopter le projet de loi C-25 tel quel équivaut, en fait,
à sanctionner ce que nombre d’observateurs soupçonnent et que la vérification
du PFETÉ a confirmé : les pratiques douteuses en matière de dotation
existent depuis toujours.
Certes, la majorité des membres de l’AFPC conviennent que des changements
s’imposent au système de dotation actuel. Ils ne croient pas, toutefois,
que les modifications proposées à la LEFP l’amélioreront. En fait,
ce sont ces amendements qui inquiètent surtout les membres de l’AFPC.
Ils ne comprennent pas, moi non plus d’ailleurs, pourquoi le gouvernement
ne tient pas à s’assurer que la ou le titulaire d’un poste possède
toutes les qualifications requises et que seuls les critères précisés
dans l’énoncé des qualités entrent en ligne de compte.
Finalement, vous indiquez dans ce bulletin que le Comité des opérations
gouvernementales et des prévisions budgétaires a étudié en profondeur
certaines questions, dont « la protection des fonctionnaires qui dénoncent
des actes fautifs en milieu de travail », et que les différents amendements
proposés ont permis de renforcer le projet de loi. Or, comme vous
le savez, le projet de loi C-25 stipule seulement que « le Conseil
du Trésor peut élaborer des lignes directrices ou des directives concernant
la communication par les personnes employées dans la fonction publique
de renseignements sur les actes fautifs commis au sein de celle-ci
et la protection de ces personnes contre les représailles lorsqu’elles
communiquent ces renseignements conformément à ces lignes directrices
ou directives ».
Nous sommes bien loin d’un libellé qui interdirait expressément toutes
représailles contre les « dénonciateurs ». D’ailleurs, bien des personnes
qui ont témoigné devant le Comité ont revendiqué une loi musclée sur
la protection des dénonciateurs. Au moins deux membres du Comité ont
proposé des amendements visant à protéger entièrement les travailleuses
et travailleurs contre les mesures disciplinaires lorsqu’ils communiquent
des renseignements sur les actes fautifs commis en milieu de travail.
Malheureusement, l’amendement adopté ne fait que reconnaître officiellement
la directive qui existe déjà, laquelle est peu connue. C’est « le
secret le mieux gardé au gouvernement fédéral », selon un membre de
l’AFPC.
À la lumière des récents événements au Commissariat à la protection
de la vie privée, les membres de l’AFPC comprennent, plus que jamais
auparavant, l’importance de protéger les employé-e-s contre des gestionnaires
vindicatifs. Ils s’attendent donc à pouvoir dévoiler les pratiques
déloyales sans crainte de représailles, grâce à des mesures concrètes
de protection instaurées par l’employeur. Une directive sur la dénonciation
que le Conseil du Trésor peut énoncer à sa discrétion est tout simplement
inacceptable.
En terminant, je me permets de vous réitérer à quel point je regrette
que vous n’ayez pas jugé bon de consulter l’Alliance de la Fonction
publique du Canada sur la modernisation de la fonction publique. À
mon avis, seul un dialogue constructif entre deux partenaires égaux
peut déboucher sur des relations syndicales-patronales plus harmonieuses
et instaurer un climat de travail productif et positif.
Veuillez agréer, Madame la présidente, l’expression de mes sentiments
les plus distingués.
La présidente nationale,
Nycole Turmel
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