Édition spéciale Pleins feux sur la salubrité alimentaire
Octobre 2008
On a beaucoup parlé de salubrité alimentaire durant la dernière campagne électorale fédérale, et pour cause : la présence de Listeria – une bactérie que l'on retrouve dans les aliments – dans une usine de transformation de la viande Maple Leaf, à Toronto, a causé 20 morts et rendu malades de nombreuses personnes. Cette épidémie a suscité un tollé au sein de la population et remis à l'avant-plan la question de la déréglementation des services d'inspection des viandes. Nombre d'articles et de lettres à la rédaction réclamaient des explications : est-ce que le fait de s'en remettre de plus en plus aux entreprises pour surveiller leurs activités a précipité la crise?
L'AFPC était au cœur du débat, faisant ressortir le lien étroit qui existe entre les services publics de qualité et la salubrité alimentaire. Bob Kingston, le président du Syndicat de l'Agriculture, et Patty Ducharme, la vice-présidente exécutive nationale de l'AFPC, ont été les premiers à réclamer la démission du ministre de l'Agriculture, Gerry Ritz, et la mise en œuvre de lignes directrices rigoureuses.
Au plus fort de la crise, la population voulait savoir, d'abord et avant tout, pourquoi une telle épidémie s'était produite. Selon les porte-parole de l'industrie et les cadres supérieurs du gouvernement, la réponse est simple : la source de la contamination était située en profondeur dans les composantes mécaniques d'une machine à couper la viande. Malgré ses effets dévastateurs, l'épidémie n'était, selon eux, qu'un incident tragique.
Selon Bob Kingston, et les inspectrices et inspecteurs qu'il représente, cette affaire ne se résume pas à ce que le gouvernement fédéral a déclaré jusqu'à maintenant. Interviewé à maintes reprises au cours des dernières semaines, Kingston a expliqué que l'épidémie de listériose s'est produite parce que le gouvernement s'est engagé dans la voie de la déréglementation des services d'inspection des aliments. Et ce virage met en péril la santé des Canadiennes et Canadiens.
Cette année, le gouvernement a apporté des changements aux programmes d'inspection de la viande. Depuis le 31 mars, les inspectrices et inspecteurs de viandes passent beaucoup plus de temps à étudier les rapports et les tests préparés par les entreprises qu'à surveiller sur place la transformation des aliments.
Gerry Ritz, le ministre de l'Agriculture, a tenté de rassurer une population inquiète en affirmant que le travail des inspectrices et inspecteurs est partagé également entre la surveillance en usine et l'étude de rapports et documents. Il a ajouté que l'Agence avait embauché 200 inspectrices et inspecteurs.
Des affirmations que contredisent carrément les inspectrices et inspecteurs. D'une part, le nouveau système les oblige à consacrer 75 % de leur temps à la « paperasserie »; d'autre part, il n'y a pas eu d'embauche pour le service d'inspection des viandes récemment.
Le Toronto Star et la CBC ont révélé dernièrement qu'en avril dernier l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) avait, sans tambours ni trompettes, libéré les producteurs d'aliments de l'obligation d'informer le personnel d'inspection de tout résultat positif à un test sur la présence de bactéries. Quatre mois plus tard, des personnes mouraient après avoir mangé des produits Maple Leaf contaminés à la Listeria.
Pendant la campagne électorale, le premier ministre Harper a promis qu'il y aurait une enquête sur le scandale de la viande contaminée. Or, rien n'a été fait jusqu'à présent. Pour ses critiques, l'annonce n'était qu'un moyen d'éviter des questions sur la salubrité alimentaire durant les élections.
Les inspectrices et inspecteurs qui travaillent au gouvernement sont les premières personnes à constater les effets de la privatisation des programmes de surveillance.
Aujourd'hui, les Canadiennes et les Canadiens sont témoins de l'impact tragique des compressions dans le secteur de l'inspection des aliments. Ces mesures draconiennes ont sapé le pouvoir du personnel affecté à la salubrité des aliments et mis en péril la sécurité de la population.
L'AFPC et le Syndicat de l'Agriculture somment le gouvernement fédéral de prendre immédiatement les mesures suivantes afin d'assurer la salubrité des aliments.
Créer 1 000 nouveaux postes d'inspecteurs et de vétérinaires afin d'assurer le respect des normes. Il y a, au Canada, quelque 800 usines de transformation de la viande sous réglementation fédérale, dont beaucoup transforment des milliers d'animaux quotidiennement, des milliers d'usines de transformation d'autres produits alimentaires (fromage, fruits et légumes, par exemple) ainsi qu'un grand nombre de charcuteries et d'autres commerces au détail. Et toutes ces entreprises sont des sources potentielles de bactéries d'origine alimentaire pouvant causer la mort. Le territoire est beaucoup trop grand pour les 1 100 inspectrices et inspecteurs des aliments transformés et les 230 vétérinaires du Programme de l'hygiène des viandes actuellement au service de l'ACIA. Le problème des maladies d'origine alimentaire est complexe, mais l'une de ses dimensions est facile à comprendre : le nombre d'inspectrices et d'inspecteurs est insuffisant. Par exemple, l'inspecteur chargé de l'usine Maple Leaf d'où venait la viande contaminée qui a causé l'éclosion récente de listériose s'occupe aussi de six autres usines. Pour que les compagnies respectent la réglementation sur la salubrité alimentaire, il faut plus d'inspectrices et d'inspecteurs. C'est simple comme bonjour!
Imposer immédiatement un moratoire sur les politiques d'autosurveillance de l'industrie. Conformément aux changements apportés le 31 mars 2008, notamment à l'usine de Maple Leaf à Toronto, les inspectrices et inspecteurs de viandes consacrent seulement 25 % de leur temps à la surveillance directe en usine. Le reste du temps, ils étudient les rapports préparés par les entreprises. Voilà qui est loin de l'objectif du nouveau Système de vérification de la conformité selon lequel les inspectrices et les inspecteurs devraient consacrer la moitié de leur temps à la surveillance directe.
Par ailleurs, l'autosurveillance de l'industrie a aussi été étendue au secteur avicole lorsque la surveillance de la santé des volatiles a été privatisée. Selon des plans que le gouvernement conservateur a approuvés, mais pas encore pleinement mis en œuvre, l'industrie aura encore plus de pouvoir d'autosurveillance en matière de salubrité. Le Système de vérification de la conformité, le programme de rejet de la volaille et les autres projets d'autosurveillance doivent être suspendus.
Éliminer les obstacles qui empêchent les inspectrices, les inspecteurs et les vétérinaires de l'ACIA de prendre des mesures immédiates. À l'heure actuelle, l'ACIA n'encourage guère ces personnes à prendre des mesures immédiates lorsque des problèmes surgissent. L'employeur leur conseille plutôt d'émettre à une compagnie fautive une « demande d'action corrective » qui précise la nature du problème et qui donne à la compagnie 60 jours pour le régler.
Recommencer la divulgation des rapports de vérification, qui a été interrompue en réaction aux pressions de l'industrie de la viande. Pendant 20 ans, les inspectrices et inspecteurs du gouvernement ont publié des rapports sur leurs inspections et classé les usines de transformation qu'ils inspectaient. En raison des pressions exercées par le Conseil des viandes du Canada, qui se plaignait de la mauvaise presse que les journalistes faisaient à l'industrie de la viande lorsqu'ils obtenaient ces rapports, le gouvernement fédéral a cessé de publier les rapports d'inspection peu après l'arrivée au pouvoir de Stephen Harper. Les Canadiens et Canadiennes doivent savoir quelles compagnies respectent les normes de salubrité. Il faut donc recommencer à publier les rapports de vérification.
Face à l'épidémie de listériose, l'AFPC et le Syndicat de l'Agriculture ont créé le site Web www.securitealimentaire.ca, qui explique les rapports qui existent entre le scandale de la viande contaminée et la déréglementation des programmes d'inspection des viandes. Pendant la campagne électorale, on pouvait envoyer un message aux candidats et candidates leur demandant d'adhérer au plan d'action « SOS Aliments ».
Les élections sont terminées, mais pas notre campagne de mobilisation. Il faut maintenant faire pression sur les nouveaux élus et nouvelles élues au Parlement. Il faut leur rappeler que le gouvernement a sabré dans les programmes d'inspection des aliments et qu'il se fie davantage à l'industrie alimentaire pour assurer la salubrité des aliments. Les compagnies veulent peut-être s'autodiscipliner en matière de salubrité alimentaire, mais la tragédie de la viande Maple Leaf contaminée est un parfait exemple de ce qui peut arriver.
Pour vous assurer que votre famille et vous-même bénéficiez d'aliments sécuritaires, envoyez sans tarder un message à votre député ou députée. Demandez-lui de s'engager à defendre le plan d'action « SOS Aliments ».
Si la salubrité des aliments et les services publics vous tiennent à cœur, rendez-vous au www.securitealimentaire dès aujourd'hui.
POUR DIFFUSION IMMÉDIATE
Le 6 octobre 2008
Ottawa — À cause des questions qui sont restées sans réponse sur les origines de la crise de la listériose chez Maple Leaf, et de la règlementation de l'Agence canadienne d'inspection des aliments qui empêche les inspecteurs d'intervenir, il est probable que ce genre de contamination alimentaire se répètera, selon le Syndicat de l'Agriculture de l'Alliance de la Fonction publique du Canada, qui représente les inspecteurs des aliments du Canada.
« Les inspecteurs devraient être informés quand des résultats de tests pour la présence de Listeria et d'autres bactéries dans une usine de viande sont positifs. Cette exigence, qui a été annulée par l'ACIA, devrait être remise en vigueur immédiatement et l'Agence devrait investir les ressources nécessaires pour s'assurer que des inspecteurs supervisent les opérations de désinfection après des tests positifs » dit Bob Kingston, le président du Syndicat de l'Agriculture.
L'élimination de l'exigence d'informer les inspecteurs en aliments quand des tests chez Maple Leaf et dans d'autres usines de conditionnement alimentaire révèlent des bactéries, soulève des questions troublantes sur ce qui s'est vraiment passé et sur la chronologie des événements à l'usine Maple Leaf de Toronto d'où sont sortis les produits contaminés à la Listeria :
« Tant que nous ne recevrons pas réponse à ces questions, que les exigences sur l'information des inspecteurs n'auront pas été rétablies et que l'ACIA n'aura pas investi les ressources nécessaires pour superviser la désinfection d'une usine après la découverte d'une contamination bactérienne, les inspecteurs demeureront inquiets pour la sécurité du public », affirme Kingston.
Vingt personnes sont mortes et on ne tient personne responsable. Est-ce qu'il y a d'autres usines au Canada où l'on obtient des tests positifs à d'autres bactéries mortelles sans en informer l'ACIA? Tant que Maple Leaf et l'ACIA n'auront pas répondu à ces questions et pris les mesures qui s'imposent, les inspecteurs sont inquiets devant la possibilité de nouvelles contaminations et les Canadiens devraient eux aussi demeurer sur leurs gardes », conclut Kingston.
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Date de modification : 2008/11/04
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